burgers hallal, identités creuses et colonisation des esprits

Il y a des polémiques qui explosent, saturent les réseaux, divisent artificiellement, et puis il y a celles qui ne prennent pas.

Celles qui glissent, qui échouent à faire le buzz, comme si quelque chose sonnait faux dès le départ.

C’est souvent là que ça devient intéressant. Prenons ce non-événement médiatique : les enseignes de mal-bouffe qui se mettent au hallal. 

D’un côté, les racistes de service hurlent au scandale. « Comment ose-t-on islamiser nos burgers hors de prix ? » 

Des pains industriels sans goût, une viande standardisée, leurs légumes fantômes posés là pour la bonne conscience, leurs sauces chimiques qui fabriquent de l’obésité et de la dépendance.

Apparemment, le problème n’est pas la bouffe de merde, l’exploitation sociale, écologique et animale, mais le fait qu’elle change d’étiquette religieuse.

De l’autre côté, une armée d’influenceurs creux, toujours prêts à expliquer l’évidence : non, le goût ne change pas. Un burger impérialiste hallal a le même goût qu’un burger impérialiste non-hallal et les racistes n’ont rien compris.

Ce sont souvent les mêmes qui, la veille encore, nous expliquaient qu’il fallait boycotter telle marque, telle entreprise, tel pays, pour des causes humanitaires, anticolonialistes ou anti-impérialistes.

Aujourd’hui, soudainement, la logique du système devient secondaire, presque invisible, tant que l’emballage culturel correspond.

Soyons sérieux une minute. Cette polémique ne devrait même pas exister. Qu’il y ait encore des clients de ces chaînes parmi des gens qui se revendiquent de notre bord, de nos luttes, de nos communautés politiques ou culturelles, est déjà en soi une anomalie.

Que ces multinationales de la bouffe industrielle puissent tranquillement cibler des populations qui sont censées combattre l’impérialisme conquérant, colonisateur, destructeur de territoires et complice d’autres colonisations, voilà ce qui devrait poser question.

Parce que soyons clairs : si dans ces temples de la bouffe de merde on retrouve massivement ceux qui nous bassinent à longueur de temps avec la colonisation, l’écologie, la justice sociale et la mémoire des peuples opprimés, ce n’est pas un hasard. Et si ces mêmes enseignes ciblent une clientèle faussement rebelle, faussement consciente, ce n’est pas un hasard non plus.

Le capitalisme adore les révoltes décoratives, les identités consommables, les indignations compatibles avec la carte bancaire.

Le système n’a aucun problème avec la contestation tant qu’elle passe par la caisse.

"... Dont je sais qu'ils sont nés comme moi au Maghreb ..."

Autre polémique qui ne prend pas, ou qui prend mal : « Moi qui suis d’origine marocaine… ».

Là aussi, le malaise est profond, mais rarement nommé. Il faudrait peut-être rappeler une chose simple, presque taboue : être né au Maghreb ne veut pas dire maghrébin au sens politique ou historique du terme.

Ou pas seulement. Cela veut aussi dire, très souvent, être enfant de colons.

fin du protectorat

Des individus qui expliquent à longueur de discours que les colons pillent les États qu’ils occupent, tout en revendiquant une identité politique construite dans, par et pour l’appareil colonial français, sans jamais interroger cette contradiction, produisent un discours bancal.

Mélenchon: ça ne sonne pas franchement Maghreb.

On est plutôt sur des héritiers du centre impérial qui viennent expliquer aux ex-colonisés qu’ils vont continuer à les coloniser… mais avec de meilleures intentions et un vocabulaire plus inclusif.

Coloniser les territoires, c’était hier. Coloniser les imaginaires, les luttes, les représentations politiques, c’est aujourd’hui.

L’élu identitaire, version républicaine ou progressiste, reste un élu.

Un rouage du pouvoir. Un gestionnaire de la domination. Mettre une origine, une religion ou une couleur de peau sur une fonction oppressive ne la rend pas émancipatrice.

Elle la rend simplement plus acceptable, plus digeste, plus difficile à critiquer sans se faire accuser de trahison ou de racisme.

C’est peut-être pour ça que ces polémiques ne prennent pas vraiment.

Parce qu’au fond, beaucoup sentent confusément l’arnaque.

Le burger reste un burger impérialiste.

L’élu reste un élu du système.

Et l’identité, quand elle devient un produit politique ou marketing, n’est plus un outil de libération mais un moyen de contrôle.

L’anarchisme n’a jamais eu vocation à gérer les restes de l’empire ou à repeindre les chaînes.

Il est là pour les briser. Tout le reste n’est que diversion.